Il était une fois dans une ville lointaine, un commerçant marié à sa cousine, qui avait bonté, beauté et élégance et surtout elle était tout ravissante et timide. Lui il n’avait d’yeux que pour elle et elle, elle l’aimait passionnément.
Ce fut une année où le commerce dans leur ville ne marchait pas très bien, donc il se mit dans la tête d’approvisionner une caravane et dit à sa femme qu’il allait voyager vers une certaine ville pour voir si les affaires n’étaient pas meilleures. Elle lui répondit : « Pars et que Dieu soit avec toi. » Il lui laissa de quoi se débrouiller pendant une année dans le cas où le voyage durerait.
Après un long voyage, il arriva. Dans cette ville, il y avait un commerçant métis, qu’on appelait le commerçant noir.
Le travail de ce dernier consistait à voler la marchandise des commerçants étrangers.
Il les amadouait avec un air gentil et généreux, puis il les incitait à jouer et perdre leurs biens aux échecs vu qu’il était bon joueur.
Le commerçant noir voyant arriver notre ami, se jeta sur lui et l’invita chez lui. Ils mangèrent et burent le thé, puis il lui proposa de jouer aux échecs. Le commerçant accepta et ils engagèrent une partie qui se solda par la défaite du commerçant noir, puis une deuxième et une troisième partie jusqu’à ce que ce dernier se lasse. Il était tombé sur un joueur plus fort que lui. Puis il le questionna sur son voyage, sa ville, sa famille jusqu’à ce qu’on arrive à parler des femmes.
« Je vis seul et je n’ai pas de femme car je ne leur fais pas confiance », dit le commerçant noir.
« Moi, ma femme je lui fais confiance; elle ne sort pas de la maison sans moi, elle ne parle à personne et elle m’est fidèle », affirma alors l’étranger.
Le commerçant noir lui demanda alors de parier tous leurs biens et leurs libertés sur la fidélité de sa femme. L’étranger accepta, lui qui avait confiance en son épouse. Le marché conclu, le marchand noir partit vers la ville de l’étranger et demanda la maison de celui-ci. Une fois arrivé il vit l’herbe qui avait poussé sur le pas de la porte, preuve que personne n’y était entré ni sorti depuis longtemps. Il resta devant la maison toute la journée et rien ; personne n’entra ni ne sortit. Il revint le lendemain et le jour d’après. Un mois passa et toujours rien. Désespéré, il pensa y renoncer, puis il se rappela toutes les richesses qu’il avait amassées en volant aux étrangers et qu’il devrait les donner à cet homme. Non ça était insupportable. Et ainsi plongé dans ses pensées, une vieille dame qui passait par là lui demanda la raison de sa présence devant cette maison pendant des jours. L’homme alors désespéré lui expliqua qu’il voulait une preuve de l’infidélité de la femme qui habitait ce foyer en échange de beaucoup d’argent. La vieille grand-mère attirée par l’offre accepta et se dirigea vers la maison, se pencha vers la porte et hurla : « Ma fille, ma fille, je suis une vieille dame pauvre et j’ai donné ma fille en mariage ; pourrais-tu s’il te plaît me donner quelques habits pour la mariée ? » Rien ne s’est passé, alors la vieille dame, voulant son argent, insista pendant des jours et au bout du septième jour, elle vit un foulard accroché à un fil descendant du toit et dans ce foulard il y avait une robe. Elle courut alors vers le commerçant noir et lui donna la robe, et aussitôt, l’homme se dirigea vers sa ville. Une fois arrivé, il donna la robe à l’étranger. Ce dernier dépité confirma alors qu’elle était bien celle de sa femme et céda toute sa marchandise et travailla comme convenu pour le commerçant noir.
Pendant ce temps, la femme du commerçant attendait, inquiète au sujet de son mari. Elle dit à sa servante d’acheter un cheval et des vêtements, de se déguiser en homme et de partir vers la ville où est parti son mari et de revenir avec des informations.
Arrivée à la ville, la servante se mit à la recherche de son maître en vain. La faim l’ayant gagnée elle se dirigea vers une boulangerie, et c’est là qu’elle vit l’homme qu’elle recherchait, avec un air misérable travaillant comme un esclave. Désorientée, elle décida de demander au maître des lieux des informations et il lui récita sa mésaventure avec le commerçant noir.
La servante repartit aussitôt vers sa maîtresse et lui raconta l’histoire. La jeune femme décida de sauver son mari, et ordonna à la servante d’aller lui acheter cent chameaux et quatre-vingt-dix esclaves.
Une fois fait, elle les marqua avec sa marque, se déguisa en homme et partit. Arrivée à la ville, le commerçant noir l’accosta, lui fit son baratin comme à son habitude et lui demanda de jouer une partie d’échec. Le jeu d’échec sur la table, elle lui demanda une faveur, celle de jouer sous la lumière de sa bougie porte-bonheur, et lui, n’ayant aucune objection, accepta, mais ce qu’il ignorait, c’est que cette bougie contenait un puissant anesthésiant, et que la jeune femme avait au préalable un antidote. Au milieu de la partie, l’homme s’effondra sur la table, et elle profita de l’occasion pour le marquer de sa marque. Puis elle se précipita vers le chef de la ville et lui dit : « Monsieur, j’étais venu pour affaires dans votre ville et j’étais surpris de voir l’un de mes esclaves fugitif habitant ici et se faisant passer pour un commerçant, et se faisant appeler le commerçant noir. »
Le chef qui connaissait bien l’homme lui demanda : « Et comment pensez-vous prouver ce que vous dites ? »
« Tous mes esclaves sont marqués et je sais que votre ville n’est pas un lieu d’injustice ; alors je vous demande de remédier à ce malentendu », répondit la jeune femme déguisée en homme.
Le chef convoqua ainsi le commerçant noir et lui raconta l’histoire puis lui demanda de retirer ses habits, ce que fit aussitôt l’accusé avec un air confiant et la marque apparut sur l’épaule de celui-ci.
En colère le chef de la ville demanda pardon à la jeune femme et l’autorisa à prendre l’esclave avec elle, ainsi que tous ses biens. Elle s’exécuta et rentra chez elle avec son butin et parmi eux le commerçant noir et son mari. Ce dernier pendant le voyage se rappela du chemin puis il vit l’entrée de sa ville et enfin on l’amena à la porte de sa maison, et là stupéfait, il aperçut sa femme devant lui. En présence du commerçant noir elle lui expliqua l’histoire de la vieille femme, la robe et son stratagème pour le sauver. Le mari ainsi gêné lui avoua qu’il avait parié sa fidélité et qu’il était navré et désolé.
La jeune femme, n’ayant aucune rancœur envers son mari, lui pardonna et relâcha le marchand noir sans tous ses biens qu’il avait dérobés pendant toutes ces années, comme punition pour les torts qu’il avait causés à elle, à son mari et à tous les pauvres gens qu’il avait escroqués.






